L’épilation des aisselles est terminée et vient ensuite une question très concrète : peut-on remettre du déodorant tout de suite ?
Sur Internet, les réponses semblent parfois catégoriques.
Attendre 12 heures.
Attendre 24 heures.
Parfois même 48 heures.
La science est beaucoup moins précise.
À ce jour, aucun essai clinique identifié n’a comparé un même déodorant appliqué immédiatement, puis 12, 24 ou 48 heures après une épilation pour déterminer à quel moment il deviendrait systématiquement mieux toléré.
Cela ne signifie pas qu’on peut appliquer n’importe quelle formule sur n’importe quelle peau juste après une séance.
Cela signifie plutôt que la vraie question est plus intéressante :
dans quel état se trouve la peau, et qu’est-ce qu’on s’apprête à appliquer dessus ?
Déodorant et antitranspirant : ce n’est pas exactement la même chose
Les deux mots sont souvent utilisés comme synonymes, alors qu’ils ne désignent pas tout à fait la même fonction.
Un déodorant agit principalement sur les odeurs
Il peut notamment agir en modifiant l’environnement dans lequel les bactéries responsables des odeurs se développent, en absorbant l’humidité ou en ajoutant du parfum.
Selon les formules, on peut donc retrouver :
- du parfum ;
- des agents antimicrobiens ;
- des acides ;
- des absorbants ;
- de l’alcool ;
- du bicarbonate ;
- des huiles essentielles ;
- différents solvants ou conservateurs.
Un antitranspirant cherche à réduire la transpiration
Il utilise généralement des sels d’aluminium qui agissent temporairement au niveau des conduits sudoraux afin de diminuer l’écoulement de sueur.
De nombreux produits combinent aujourd’hui action déodorante et action antitranspirante.
Cette distinction compte parce qu’une solution fortement concentrée en chlorure d’aluminium prescrite ou utilisée contre l’hyperhidrose n’a pas le même profil qu’un déodorant cosmétique classique.
Que se passe-t-il sous les aisselles après une épilation ?
L’aisselle constitue déjà une zone particulière.
Elle est soumise à :
- la chaleur ;
- l’humidité ;
- les plis ;
- les frottements ;
- l’épilation répétée ;
- l’application quotidienne de produits cosmétiques.
L’épilation ajoute une contrainte supplémentaire.
Le rasage peut retirer une partie des cellules les plus superficielles de la couche cornée et provoquer de petits traumatismes.
La cire ou l’arrachage peuvent entraîner une rougeur et une réaction inflammatoire locale.
Des travaux expérimentaux suggèrent également que plusieurs méthodes de retrait du poil peuvent temporairement augmenter la perméabilité cutanée.
Cela ne signifie pas que les « pores sont ouverts ».
Les pores ne fonctionnent pas comme des portes qui s’ouvriraient après l’épilation puis se refermeraient quelques heures plus tard.
Le phénomène concerne plutôt la couche cornée, la sensibilité locale et l’inflammation provoquée par le geste.
Ce que montrent les études sur les aisselles épilées
Une étude particulièrement intéressante a suivi 64 femmes après rasage, arrachage à la pince ou cire au niveau des aisselles.
Trente minutes après la séance, les chercheurs observaient notamment une augmentation de la rougeur après certaines méthodes, ainsi qu’une augmentation de la sécheresse après le rasage.
À 48 heures, les scores cliniques étaient revenus vers leur niveau initial.
Plusieurs marqueurs biophysiques mesurés à ce moment, dont la perte insensible en eau, ne différaient pas significativement selon les méthodes.
Les chercheurs ont également observé des modifications de certains marqueurs inflammatoires après l’épilation.
C’est intéressant parce que cela confirme que la peau axillaire réagit au geste, même lorsque cette réaction reste transitoire.
Mais cette étude n’a appliqué aucun déodorant.
Elle ne permet donc absolument pas de conclure :
« 48 heures est le bon délai avant de remettre un déodorant. »
Elle montre une récupération observée dans les conditions du protocole, pas l’existence d’un seuil universel.
[ DANS LES ÉTUDES ]
Que mesure-t-on réellement après avoir épilé une aisselle ?
[ DANS LES ÉTUDES ]
Que mesure-t-on réellement après avoir épilé une aisselle ?
Les études disponibles permettent de mesurer la réaction de la peau axillaire après retrait du poil et d’étudier certains antitranspirants.
Elles ne fournissent cependant pas l’expérience qui permettrait de dire : « à partir de telle heure, tous les déodorants deviennent bien tolérés ».
APRÈS ÉPILATION
La peau axillaire réagit au geste
EVANS ET AL. · 2020
Peau axillaire
Rasage · pince · cire
Rougeur et/ou sécheresse selon la méthode
Pour les scores cliniques observés
Une seule séance de retrait du poil peut provoquer une réponse cutanée mesurable au niveau de l’aisselle, même lorsque celle-ci reste transitoire.
Aucun déodorant ou antitranspirant n’était testé. L’étude ne permet donc pas de fixer un délai d’application après l’épilation.
RASAGE × FORMULATION
La formule compte aussi
TURNER ET AL. · 2007
Cette étude consacrée à la peau axillaire s’est intéressée aux effets du rasage ainsi qu’à l’utilisation d’un antitranspirant roll-on formulé avec des agents émollients.
Le geste retire une partie des éléments superficiels de la couche cornée et constitue une contrainte mécanique pour la peau.
Les données de l’étude suggèrent une réactivité accrue de l’aisselle rasée à certains stimuli.
L’étude montre aussi que la tolérance d’un antitranspirant dépend de sa formulation et pas seulement du fait que la peau a été rasée.
[ LE POINT IMPORTANT ]
« DÉODORANT APRÈS RASAGE » N’EST PAS UNE SITUATION UNIQUE : LA FORMULE APPLIQUÉE COMPTE AUSSI.L’étude portait sur un antitranspirant spécifique et ne permet pas de généraliser ses résultats à tous les sprays, sticks, roll-on ou déodorants disponibles sur le marché.
CE QUI MANQUE ENCORE
L’essai qui permettrait réellement de fixer un délai
AUCUN ESSAI IDENTIFIÉ
comparant le même déodorant après la même méthode d’épilation avec des mesures standardisées de tolérance.
[ LECTURE BERYT ]
PAS DE DÉLAI UNIVERSEL DÉMONTRÉLe meilleur raisonnement combine le temps écoulé avec l’état de la peau, la méthode d’épilation et la formule réellement appliquée.
[ SOURCES DE CE BLOC ]
Evans RL et al. · International Journal of Cosmetic Science · 2020
CONSULTER ↗Turner GA et al. · International Journal of Cosmetic Science · 2007
CONSULTER ↗International Hyperhidrosis Society · Prescription antiperspirants
CONSULTER ↗Alors, faut-il attendre 24 heures ?
Pas systématiquement.
Le chiffre de 24 heures apparaît bien dans certaines recommandations médicales, mais dans un contexte beaucoup plus précis.
Les solutions de chlorure d’aluminium fortement concentrées, utilisées notamment contre l’hyperhidrose, peuvent provoquer picotements, brûlures et irritation.
Des recommandations spécialisées conseillent donc de ne pas les appliquer sur une peau fraîchement rasée et prévoient parfois un intervalle de 24 à 48 heures autour du rasage.
Ce n’est pas la même chose que démontrer :
« tous les déodorants doivent être évités pendant 24 heures après toute épilation. »
Les données ne permettent pas cette généralisation.
Pour un produit cosmétique du quotidien, l’état de la peau et la formule utilisée apportent probablement plus d’informations qu’un délai isolé.
Quand vaut-il mieux attendre ?
Lorsque la peau montre encore clairement qu’elle a réagi à l’épilation.
Par exemple en présence de :
- rougeur inhabituelle ;
- échauffement ;
- sensation de brûlure ;
- picotements persistants ;
- sensibilité importante ;
- petites coupures ;
- surface visiblement abrasée.
Dans ces situations, ajouter immédiatement une formule potentiellement irritante peut surtout cumuler les agressions.
À l’inverse, une peau calme et intacte n’est pas dans la même situation.
Cela ne garantit pas qu’un produit sera parfaitement toléré, mais cela explique pourquoi une interdiction absolue valable pour toutes les personnes et toutes les formules serait difficile à justifier.
[ AVANT DE REMETTRE DU DÉODORANT ]
3 questions, pas un chronomètre
Le temps écoulé compte, mais l’état de la peau et la formule appliquée comptent aussi.
MA PEAU EST-ELLE CALME ?
PAS DE RÉACTION INHABITUELLE
Pas de rougeur marquée · pas d’échauffement · peau confortable
LA SURFACE EST-ELLE INTACTE ?
COUPURE, ABRASION OU IRRITATION ?
Rougeur · picotement · petite coupure · surface sensibilisée
QU’EST-CE QUE J’APPLIQUE ?
LA FORMULE COMPTE AUSSI
Alcool · parfum · acides · sels antitranspirants : profils de tolérance différents
La formule du déodorant compte aussi
Deux produits portant le mot « déodorant » sur leur emballage peuvent avoir des compositions très différentes.
C’est l’une des raisons pour lesquelles le délai seul ne suffit pas.
L’alcool
Certaines formules contiennent une proportion importante d’éthanol.
Sur une peau intacte, elles peuvent être parfaitement tolérées.
Sur une zone fraîchement rasée, abrasée ou présentant de petites coupures, elles peuvent en revanche provoquer davantage de picotements ou de sensation de brûlure.
Cela ne signifie pas :
alcool = mauvais déodorant.
Cela signifie que la même formule peut être perçue différemment selon l’état de la peau au moment de l’application.
Le parfum
Le parfum soulève deux questions différentes.
Il peut participer à une irritation sur une peau déjà sensibilisée par le geste.
Mais il constitue aussi l’un des allergènes les plus fréquemment retrouvés dans les dermatites de contact liées aux déodorants.
Il faut alors distinguer irritation et allergie, qui ne reposent pas sur le même mécanisme.
Les sels d’aluminium
Ils sont utilisés pour leur action antitranspirante.
Leur potentiel irritant dépend notamment du sel utilisé, de sa concentration et de la formulation.
Les problèmes les mieux documentés concernent surtout les solutions fortement concentrées de chlorure d’aluminium utilisées dans le traitement de l’hyperhidrose.
C’est dans ce contexte que les recommandations de délai après rasage sont les plus solides.
Cela ne signifie pas que tous les sels d’aluminium provoquent systématiquement une irritation après épilation.
Les déodorants aux acides
Certaines formules récentes utilisent des acides glycolique, lactique, mandélique ou salicylique pour modifier le pH de l’aisselle ou agir sur son environnement microbien.
La littérature spécifique sur leur utilisation immédiatement après épilation est très limitée.
Or leur potentiel irritant dépend notamment de leur concentration et du pH de la formule.
Une peau fraîchement abrasée n’est donc probablement pas le meilleur contexte pour expérimenter pour la première fois une formule fortement acide.
Bicarbonate et formules « naturelles »
L’étiquette « naturel » ne constitue pas une garantie de meilleure tolérance.
Les déodorants dits naturels peuvent notamment contenir :
- bicarbonate ;
- huiles essentielles ;
- parfums naturels ;
- autres substances capables d’irriter ou de sensibiliser certaines peaux.
Le bon raisonnement n’est donc pas :
naturel = doux.
Il est plutôt :
quelle formule ma peau tolère-t-elle réellement ?
Sans alcool signifie-t-il qu’on peut l’utiliser immédiatement ?
Pas nécessairement.
Un produit sans alcool peut encore contenir :
- parfum ;
- acides ;
- bicarbonate ;
- huiles essentielles ;
- sels antitranspirants ;
- conservateurs ;
- autres ingrédients auxquels une personne peut réagir.
La mention « sans alcool » donne donc une information sur la formule.
Elle ne permet pas, à elle seule, de prédire la tolérance après épilation.
Même logique pour les mentions « naturel », « peau sensible » ou « hypoallergénique ».
Le rasage est-il différent de la cire ?
Oui.
Les mécanismes ne sont pas identiques.
Après le rasage
La lame coupe le poil mais interagit également avec la couche cornée.
Des travaux sur la peau axillaire montrent que le rasage retire des cellules superficielles et peut augmenter temporairement sa réactivité à certains stimuli.
Une formule qui pique habituellement légèrement peut donc devenir moins confortable immédiatement après un rasage particulièrement agressif.
Après la cire ou l’arrachage
Le poil est retiré mécaniquement.
Dans l'étude humaine sur les aisselles, la cire et l'arrachage à la pince ont provoqué une augmentation transitoire de la rougeur trente minutes après le geste.
Le principe reste donc similaire :
si la peau est encore rouge ou sensible, ajouter immédiatement une formule irritante n’a probablement pas beaucoup d’intérêt.
Après un épilateur électrique
Les données humaines spécifiques sur l’association épilateur + déodorant sont beaucoup plus limitées.
Les travaux expérimentaux montrent néanmoins que l’épilation mécanique peut modifier temporairement la barrière cutanée.
Il serait donc excessif d’inventer un délai précis, mais raisonnable de conserver le même repère : observer la réaction de la peau.
Après une crème dépilatoire
Les crèmes dépilatoires utilisent notamment des thioglycolates et des conditions de pH permettant d’altérer la structure du poil.
Elles peuvent elles-mêmes provoquer une irritation.
Si la zone présente encore une rougeur, un échauffement ou une sensation anormale après leur utilisation, ajouter immédiatement une formule déodorante potentiellement irritante revient là encore à cumuler les contraintes.
Picotement après déodorant : irritation ou allergie ?
Les deux phénomènes ne doivent pas être confondus.
Une irritation peut apparaître rapidement
Une sensation de brûlure ou de picotement immédiatement après l’application d’un produit sur une peau fraîchement rasée évoque davantage une réaction irritative.
Elle dépend notamment :
- de l’état de la barrière ;
- de la formule ;
- de la concentration des ingrédients ;
- du niveau d’abrasion laissé par l’épilation.
Une allergie de contact fonctionne différemment
Elle implique une réaction immunologique à une substance à laquelle la personne est sensibilisée.
Les parfums figurent notamment parmi les allergènes importants des déodorants.
Cette réaction n’a pas besoin d’une épilation pour apparaître et peut être différée.
Une réaction persistante ou répétée sous les aisselles ne doit donc pas automatiquement être attribuée au simple fait d’avoir appliqué le produit « trop tôt ».
Si je transpire juste après l’épilation, je fais quoi ?
Ne pas utiliser immédiatement son déodorant habituel ne signifie pas qu’il faut remplacer celui-ci par une recette maison.
Il n’y a notamment aucune bonne raison d’appliquer sur une peau fraîchement épilée :
- du citron ;
- de l’alcool pur ;
- du vinaigre ;
- du bicarbonate brut ;
- des huiles essentielles concentrées.
Lorsque la zone est encore sensible, une approche beaucoup plus simple consiste à :
- maintenir une hygiène douce ;
- sécher la zone sans friction importante ;
- porter des vêtements propres et respirants ;
- éviter autant que possible les frottements et la macération.
Si la peau est calme et intacte et qu’un produit simple est déjà parfaitement connu et toléré, la situation n’est pas équivalente à celle d’une peau rouge ou abrasée.
Mais là encore, aucune étude ne permet de fixer une heure universelle à laquelle l’application deviendrait automatiquement sans risque.
Trois questions sont plus utiles qu’un chronomètre
Avant de remettre un produit sous les aisselles, trois questions résument assez bien le problème.
1. Ma peau est-elle revenue à son état habituel ?
Pas de rougeur inhabituelle, pas d’échauffement important, pas de brûlure persistante.
2. La surface est-elle intacte ?
Une petite coupure ou une zone abrasée change la tolérance possible d’une formule.
3. Qu’est-ce que je vais appliquer ?
Un produit déjà bien toléré n’est pas équivalent à un déodorant très alcoolisé, une formule fortement acide ou un antitranspirant concentré.
Le bon raisonnement est donc :
temps écoulé × état de la peau × méthode d’épilation × formule utilisée.
Pourquoi BERYT ne recommande pas « attendez toujours 24 heures »
Parce que ce niveau de précision n’est pas démontré pour les déodorants classiques.
Il existe bien des recommandations de 24 à 48 heures.
Mais elles concernent principalement des solutions antitranspirantes médicales fortement concentrées en chlorure d’aluminium, connues pour pouvoir irriter une peau fraîchement rasée.
Les extrapoler à tous les sticks, sprays, roll-on et crèmes déodorantes serait aller plus loin que les données.
La réponse la plus rigoureuse est donc moins spectaculaire :
si la peau reste rouge, échauffée, abrasée ou sensible, laissez-la récupérer avant d’ajouter un produit susceptible de l’irriter.
Lorsqu’elle est revenue à son état habituel, la formule utilisée et sa tolérance habituelle deviennent des critères tout aussi importants que le nombre d’heures écoulées.