Au-dessus de la lèvre, tous les poils ne se ressemblent pas
La présence de poils sur la lèvre supérieure est normale. Comme sur une grande partie du visage, les follicules peuvent produire des poils très fins, que l’on appelle généralement poils vellus ou duvet, mais aussi, chez certaines personnes, des poils plus épais et plus pigmentés.
Un poil terminal se distingue notamment par son diamètre, sa longueur et sa pigmentation plus importants.
Cette distinction compte davantage que le simple fait de « voir une moustache ».
Un duvet légèrement foncé peut être très visible sous une lumière rasante sans avoir changé biologiquement. À l’inverse, quelques poils nettement plus épais peuvent refléter une activité différente de certains follicules.
La lèvre supérieure fait également partie des zones prises en compte dans l’évaluation clinique de l’hirsutisme, car certains follicules faciaux sont sensibles aux androgènes. Mais présence de poils ne signifie pas automatiquement hirsutisme.
Pour comprendre plus précisément la différence entre duvet et poil terminal, notre article consacré au duvet du visage détaille ce qui les distingue.
Pourquoi les poils de la lèvre supérieure peuvent-ils devenir plus visibles ?
Voir davantage ses poils ne signifie pas nécessairement qu’ils sont devenus plus nombreux.
Plusieurs paramètres peuvent modifier leur apparence :
- leur pigmentation ;
- leur diamètre ;
- leur longueur ;
- leur densité ;
- le contraste avec la peau ;
- l’éclairage sous lequel on les observe.
Une lumière venant du côté suffit par exemple à rendre visibles des poils très fins qui passaient presque inaperçus en lumière diffuse.
Mais certains follicules peuvent aussi réellement évoluer.
Les androgènes participent au développement de poils terminaux dans plusieurs zones du corps. Leur effet dépend à la fois des concentrations hormonales et de la sensibilité locale du follicule. La lèvre supérieure fait partie des zones utilisées pour évaluer cette pilosité androgéno-dépendante.
L’âge peut également modifier progressivement l’équilibre hormonal. À la ménopause, par exemple, certaines femmes remarquent davantage de poils au-dessus de la lèvre ou sur le menton.
Une moustache chez une femme signifie-t-elle qu’il existe un problème hormonal ?
Non.
L’hirsutisme désigne une présence excessive de poils terminaux dans des zones sensibles aux androgènes.
Il est généralement évalué à l’aide du score de Ferriman-Gallwey modifié, qui examine plusieurs régions du corps, notamment la lèvre supérieure, le menton, le thorax, l’abdomen, le dos, les bras et les cuisses.
L’important est donc de regarder l’ensemble de la distribution et de l’évolution de la pilosité, pas un poil ou une zone isolée.
C’est suffisamment important pour que les recommandations de l’Endocrine Society distinguent explicitement l’hirsutisme d’une simple pilosité localisée indésirable. Chez une femme ayant des cycles réguliers et sans score d’hirsutisme anormal, elles déconseillent de rechercher systématiquement un excès d’androgènes uniquement parce qu’une zone pileuse gêne esthétiquement.
Autrement dit :
une moustache stable et isolée ne permet pas, à elle seule, de conclure à un trouble hormonal.
Quand une évolution de la pilosité mérite-t-elle davantage d’attention ?
Ce n’est pas tellement la présence d’un poil qui compte que le changement par rapport à votre situation habituelle.
Un avis médical peut être pertinent lorsqu’une pilosité terminale apparaît rapidement ou progresse nettement, surtout lorsqu’elle accompagne d’autres changements comme :
- des cycles menstruels devenus irréguliers ;
- une acné importante apparue ou aggravée ;
- une perte de cheveux inhabituelle sur le cuir chevelu ;
- une extension rapide de poils épais à plusieurs zones ;
- des signes de virilisation.
Cela ne signifie pas qu’une cause importante sera nécessairement retrouvée. L’objectif est simplement de distinguer une variation esthétique stable d’un changement qui mérite d’être replacé dans un contexte médical plus large.
Quelques poils au menton posent d’ailleurs exactement la même question, avec des particularités légèrement différentes selon la zone.
Raser sa moustache la fait-il repousser plus épaisse ?
Non.
Le rasoir coupe la tige qui dépasse de la peau. Il ne modifie pas le follicule situé en dessous.
Une étude classique publiée en 1970 a suivi cinq hommes qui rasaient régulièrement une jambe en laissant l’autre comme contrôle. Les auteurs n’ont retrouvé aucune augmentation significative du diamètre, de la vitesse de croissance ou de la quantité de poils produite du côté rasé.
Cette étude est petite, ancienne et réalisée sur les jambes d’hommes, elle ne mesure donc pas spécifiquement la moustache féminine.
Mais son résultat est cohérent avec ce que l’on sait du mécanisme du rasage : couper une tige ne reprogramme pas le follicule qui la produit.
Ce qui change, c’est la pointe du poil.
Un poil intact s’affine progressivement à son extrémité. Après rasage, sa section est plus franche. Lorsqu’il réapparaît, il peut donc sembler plus ferme au toucher et parfois plus visible.
C’est une différence d’apparence, pas un épaississement biologique.
[ DANS L’ÉTUDE ]
[ POURQUOI CETTE ÉTUDE EST INTÉRESSANTE ]
Au lieu de demander aux participants si leurs poils leur semblaient plus épais,
les chercheurs ont comparé directement une zone rasée à une zone témoin
chez les mêmes personnes.
[ LE PROTOCOLE ]
Cinq jeunes hommes en bonne santé.
Une seule jambe était rasée de façon répétée.
L’autre jambe était laissée non rasée et servait de contrôle.
Le suivi s’est poursuivi pendant plusieurs mois.
Chaque participant servait donc en partie de son propre contrôle.
[ CE QU’ILS ONT MESURÉ ]
Les poils devenaient-ils réellement plus larges après des rasages répétés ?
Les poils poussaient-ils plus rapidement sur la jambe régulièrement rasée ?
Les chercheurs ont comparé le poids total de poils produit
sur une surface mesurée.
[ LE RÉSULTAT ]
[ COMMENT BERYT LE LIT ]
Dans les conditions testées, plusieurs mois de rasage répété
n’ont pas rendu les poils mesurés plus larges, plus rapides à pousser
ni associés à une production totale supérieure.
Elle ne teste pas toutes les zones du corps, tous les types de poils,
toutes les populations ni toutes les pratiques de rasage possibles.
[ NOTRE CHOIX ]
La publication originale présente notamment ses résultats sous forme
de tableaux techniques. BERYT ne les reproduit pas ici :
nous en présentons la logique et les conclusions de manière simplifiée
pour faciliter leur lecture, sans modifier le sens du résultat rapporté.
UNE JAMBE RASÉE, L’AUTRE LAISSÉE INTACTE
PAS UNE IMPRESSION : TROIS PARAMÈTRES CONCRETS
CE RÉSULTAT EST INTÉRESSANT, MAIS IL NE FAUT PAS LUI FAIRE DIRE PLUS QUE ÇA
Pince, fil, cire ou crème dépilatoire : que changent réellement ces méthodes ?
La pince, le fil et la cire ont un point commun : ils retirent le poil depuis le follicule au lieu de simplement couper sa partie visible.
Il faut ensuite qu’une nouvelle tige se forme et ressorte à la surface. Le retour visible est donc généralement plus tardif qu’après une coupe.
Cela ne signifie pas pour autant que le follicule est détruit.
Des épilations répétées peuvent parfois s’accompagner de modifications de certains follicules, mais les données ne permettent pas d’affirmer qu’arracher régulièrement les poils de la lèvre les rendra systématiquement plus fins.
La contrepartie concerne surtout la peau : traction, chaleur et produits utilisés peuvent provoquer rougeurs ou irritation.
La cire peut également contenir des substances susceptibles de provoquer une dermatite de contact chez certaines personnes. La littérature consacrée aux allergènes des produits de cire reste cependant limitée.
La crème dépilatoire fonctionne autrement.
Les thioglycolates utilisés dans de nombreuses formules fragilisent chimiquement la kératine de la tige. Le poil peut alors être retiré sans être arraché depuis son follicule.
Cette chimie explique aussi sa principale limite : une irritation cutanée est possible, notamment en cas de produit mal toléré ou de temps de contact inadapté.
Laser et IPL : le type de poil compte plus que le simple fait d’avoir une moustache
Laser et IPL ciblent principalement la mélanine contenue dans le poil.
Plus la cible est pigmentée et suffisamment épaisse, plus le principe de photoépilation a de sens.
À l’inverse, les poils très clairs, blancs ou très fins absorbent mal cette énergie. Les recommandations de l’Endocrine Society privilégient ainsi la photoépilation pour les poils auburn, bruns ou noirs, alors que l’électrolyse est proposée lorsque les poils sont blonds ou blancs.
Une revue clinique récente rappelle également que les poils vellus, blonds, gris, blancs ou roux constituent de mauvaises cibles pour la photoépilation.
Le visage féminin possède par ailleurs une particularité importante : même après une bonne réponse, des repousses ultérieures sont possibles, notamment en raison de l’influence hormonale sur cette zone. L’American Academy of Dermatology souligne que le résultat du laser sur le visage féminin n’est pas aussi définitivement stable que sur plusieurs autres zones du corps.
Pourquoi parle-t-on d’hypertrichose paradoxale sur le visage ?
Parce qu’un effet indésirable particulier de la photoépilation est documenté : une augmentation inattendue de la pilosité après laser ou IPL.
Une revue systématique et méta-analyse publiée en 2021 a regroupé 22 études représentant 9 733 personnes.
La prévalence agrégée de l’hypertrichose paradoxale était de 3 %, avec un intervalle de confiance à 95 % de 1 à 6 %.
Mais le résultat le plus important n’est pas ce chiffre pris isolément.
Le phénomène était fortement associé aux traitements réalisés sur le visage ou le cou. Hors de ces zones, il n’était rapporté que dans 0,08 % des cas analysés.
L’hétérogénéité entre études était néanmoins très élevée. Il serait donc incorrect de dire qu’une personne qui traite sa lèvre supérieure possède exactement « 3 % de risque ».
C’est surtout un signal de prudence supplémentaire lorsque la cible est un duvet facial fin ou faiblement pigmenté.
Snast et ses collègues ont réalisé une
revue systématique avec méta-analyse
pour estimer la fréquence de l’hypertrichose paradoxale
après épilation par laser ou lumière pulsée.
L’analyse regroupait
9 733 patients issus de 22 études :
2 essais randomisés et 20 études de cohorte.
La fréquence regroupée était d’environ
3 %,
avec un intervalle de confiance à 95 % de
1 à 6 %.
Le signal concernait surtout
le visage et le cou.
Hors de ces zones, l’effet n’était rapporté que dans
environ 0,08 % des cas.
3 % n’est pas votre risque personnel.
Les résultats variaient fortement d’une étude à l’autre :
l’hétérogénéité statistique était très élevée
(I² = 97 %).
La majorité des données provenait d’études observationnelles,
avec des populations, appareils et protocoles différents.
La méta-analyse ne disposait pas non plus de suffisamment
de données pour établir une association fiable avec
le sexe ou le phototype.
Le message n’est pas :
« ne faites jamais de laser sur le visage ».
Il est que le visage et le cou méritent une évaluation
particulièrement rigoureuse avant photoépilation,
notamment lorsqu’on envisage de traiter
des poils fins ou une grande surface de duvet.
La publication déclare avoir été soutenue par
Alma Lasers Ltd.
Les auteurs indiquaient ne pas avoir de conflit d’intérêts
directement pertinent pour cette publication.
Et l’électrolyse ?
L’électrolyse fonctionne selon une logique différente.
Une fine sonde traite les follicules individuellement à l’aide d’un courant électrique. Son efficacité ne dépend donc pas de la présence de mélanine de la même manière qu’un laser ou une IPL.
Cela peut être particulièrement intéressant pour :
- quelques poils isolés ;
- des poils blonds ou blancs ;
- des poils pour lesquels la photoépilation constitue une mauvaise cible.
La contrepartie est le temps nécessaire.
Chaque follicule étant traité individuellement, cette technique est beaucoup moins rapide qu’un laser sur une grande surface et dépend fortement de la qualité du geste.
Les essais prospectifs sur l’électrolyse sont également beaucoup moins nombreux que pour la photoépilation, même si elle est utilisée depuis très longtemps et reconnue comme méthode de réduction permanente du poil.
Quelle méthode selon le type de poil au-dessus de la lèvre ?
Il n’existe pas une méthode universellement meilleure.
Le premier repère utile est souvent la nature du poil que l’on cherche réellement à enlever.
| Profil observé | Méthodes pouvant avoir du sens | Point de vigilance |
|---|---|---|
| Duvet fin et clair | Rasage, dermaplaning, éventuellement décoloration si souhaitée | Laser et IPL ont peu de cible pigmentaire |
| Duvet fin mais visible | Coupe ou arrachage selon tolérance de la peau | La finesse du poil rend la pertinence du laser moins évidente |
| Quelques poils terminaux isolés | Pince, fil, électrolyse | Les traiter un par un peut être plus logique qu’une technologie couvrant toute la zone |
| Plusieurs poils terminaux pigmentés | Arrachage ou photoépilation selon objectif | Une apparition récente ou rapidement progressive mérite d’être replacée dans son contexte |
LÈVRE SUPÉRIEURE · TYPE DE POIL
Un même mot, quatre profils de poils différents
« Moustache » décrit une zone visible, pas un type de poil unique. Le type de poil change la logique de choix.
Une cible peu pigmentée.
Fin, court et peu coloré. Il devient surtout visible sous une lumière rasante.
Peu de mélanine à cibler en photoépilation.
Visible, mais toujours fin.
La couleur augmente le contraste sans transformer automatiquement le duvet en poil terminal.
Prudence avant laser ou IPL sur un duvet facial fin.
Des poils plus épais et individualisables.
Quelques follicules produisent des tiges plus épaisses et plus pigmentées que le duvet voisin.
Une méthode précise, poil par poil, peut suffire.
Une zone plus largement composée de poils terminaux.
Épaisseur et contraste sont plus marqués. Une évolution récente mérite d’être replacée dans son contexte.
Le contexte et l’évolution comptent autant que l’aspect.
La peau compte autant que le poil
La méthode qui retire le mieux un poil n’est pas forcément celle que la peau tolère le mieux.
Sur la lèvre supérieure, une cire, un fil, une lame ou une crème dépilatoire peuvent tous produire des réactions très différentes selon l’état cutané au moment du geste.
Une peau déjà irritée, desquamante ou présentant des lésions mérite davantage de prudence.
C’est particulièrement important lorsqu’un traitement dermatologique modifie la tolérance de la peau. Les notices de certains traitements à base d’isotrétinoïne, par exemple, contiennent des avertissements spécifiques concernant la cire et certaines procédures cutanées. Les données plus récentes ont toutefois remis en question certaines règles historiques pour plusieurs techniques au laser, ce qui rend préférable une décision individualisée avec le professionnel qui suit le traitement plutôt qu’un délai universel appliqué à tout le monde.
Enfin, rougeurs, petites réactions folliculaires ou marques pigmentaires peuvent survenir après certaines méthodes. Leur fréquence exacte spécifiquement sur la lèvre supérieure reste mal quantifiée.
Enlever les poils de la lèvre supérieure reste un choix esthétique
Une pilosité faciale normale n’a pas besoin d’être retirée.
Certaines personnes souhaitent une peau visuellement plus uniforme ou préfèrent simplement ne pas voir ces poils. D’autres ne ressentent aucune gêne.
Il n’existe pas de choix intrinsèquement plus « propre », plus féminin ou meilleur pour la peau.
La question utile est plutôt :
quel type de poil ai-je, quel résultat est-ce que je recherche et quelle méthode ma peau tolère-t-elle ?
Et lorsqu’une pilosité change brutalement ou s’accompagne d’autres signes, la bonne réponse n’est plus seulement de chercher une nouvelle méthode d’épilation : c’est aussi de comprendre pourquoi ce changement est apparu.