Non, le rasage ne fait pas repousser les poils plus épais
C’est probablement l’une des croyances les plus persistantes autour de l’épilation.
On se rase, les premiers poils réapparaissent, ils semblent plus durs, parfois plus foncés, et la conclusion paraît évidente :
le rasage aurait renforcé le poil.
Poil non rasé
L’extrémité du poil s’affine naturellement. Son apparence et sa sensation au toucher évoluent donc progressivement le long de la tige.
Poil rasé
Le rasoir sectionne la tige sans en augmenter le diamètre. Son extrémité devient simplement plus nette et plus émoussée.
Le rasage ne rend pas la tige plus épaisse. Il modifie seulement la forme de son extrémité, ce qui peut la rendre temporairement plus perceptible au toucher.
Pourtant, les données disponibles ne vont pas dans ce sens.
Le rasoir agit sur la tige pilaire, c’est-à-dire la partie du poil qui émerge de la peau. Il la sectionne près de la surface.
Le follicule pileux, qui produit le poil sous la peau, n’est pas reprogrammé par cette coupe.
Des études humaines contrôlées ont comparé des zones rasées de manière répétée à des zones laissées intactes. Elles n’ont pas mis en évidence d’augmentation attribuable au rasage concernant :
- la largeur du poil ;
- sa vitesse de croissance ;
- la quantité de poils produite.
Ces études sont anciennes et portent sur de petits groupes. Nous y reviendrons. Mais leur résultat correspond aussi à ce que l’on sait du fonctionnement biologique du follicule.
Alors pourquoi l’impression inverse est-elle aussi fréquente ?
Pourquoi un poil rasé semble-t-il plus épais ?
La réponse tient en grande partie à la forme de son extrémité.
Un poil qui pousse naturellement présente généralement une extrémité relativement fine. Avec le temps, sa pointe peut également subir différentes formes d’usure.
Lorsque le rasoir passe, il coupe transversalement la tige.
Le poil qui réapparaît présente donc momentanément une extrémité plus franche et émoussée.
Imaginez la différence entre :
- la pointe fine d’un objet effilé ;
- le même objet coupé en plein milieu.
La seconde extrémité offre une surface plus large au toucher.
Pourtant, le diamètre de l’objet lui-même n’a pas augmenté.
C’est le même phénomène qui explique en partie la sensation de poil plus dru ou plus piquant après le rasage.
Le poil court est également plus rigide qu’une tige longue qui peut davantage se courber. Cette combinaison accentue encore la sensation de rugosité.
Pourquoi les poils paraissent-ils parfois plus foncés après le rasage ?
Là encore, apparence et transformation biologique ne doivent pas être confondues.
Une tige courte et fraîchement coupée peut être plus visible parce que :
- son extrémité est nette ;
- elle contraste davantage avec la peau ;
- elle n’a pas encore subi les mêmes expositions qu’une partie plus ancienne de la tige.
Cela peut donner l’impression d’un poil plus sombre.
Mais le rasage n’a pas, à lui seul, transformé la production de pigment dans le follicule.
La Mayo Clinic résume aujourd’hui cette distinction de manière très claire : le rasage ne modifie ni l’épaisseur, ni la couleur, ni la vitesse de croissance du poil. C’est son extrémité émoussée qui peut temporairement le faire paraître plus épais ou plus foncé.
Le rasage fait-il au moins repousser les poils plus vite ?
Les données disponibles ne montrent pas non plus d’accélération de la vitesse de croissance.
L’impression est pourtant très compréhensible.
Quand vous vous rasez, vous coupez le poil près de la surface.
Une partie de sa tige existe toujours dans le follicule sous la peau. Si ce follicule est en phase de croissance, le poil continue son évolution et redevient rapidement perceptible.
Après une méthode qui arrache le poil, comme la cire ou l’épilateur, il faut généralement attendre davantage avant de voir une nouvelle tige émerger.
Le délai visible n’est donc pas le même.
Mais cela ne signifie pas que le follicule s’est soudain mis à fabriquer le poil plus rapidement après le passage d’un rasoir.
C’est une distinction importante :
réapparaître plus vite à la surface n’est pas nécessairement pousser plus vite biologiquement.
Le rasage peut-il faire apparaître plus de poils ?
Non, les données disponibles ne montrent pas non plus que le rasage augmente le nombre de poils produits.
Un rasoir ne crée pas de nouveaux follicules pileux.
Il ne transforme pas non plus un follicule en plusieurs follicules.
Dans l’étude de 1970, les chercheurs n’ont trouvé aucune différence significative dans la quantité totale de poils produite entre la jambe rasée de manière répétée et la jambe témoin.
Il est néanmoins possible d’avoir l’impression qu’une zone devient plus poilue avec le temps.
Le problème est que le rasage peut coïncider avec d’autres évolutions.
À la puberté, par exemple, la pilosité change naturellement sous l’influence hormonale. Une personne peut commencer à se raser précisément au moment où certains poils deviennent plus visibles ou plus épais.
Le rasage devient alors un coupable très convaincant, alors que les deux événements se produisent simplement en même temps.
D’où vient ce mythe ?
Il est particulièrement facile à construire par l’expérience quotidienne.
Imaginez une première séance de rasage.
Avant :
- les poils présentent des longueurs différentes ;
- leurs extrémités sont fines ;
- ils sont plus souples ;
- ils ne sont pas tous aussi visibles.
Juste après :
la peau paraît lisse.
Puis quelques jours plus tard, de nombreuses petites tiges courtes deviennent perceptibles.
Elles sont :
- plus droites ;
- coupées net ;
- relativement rigides ;
- visibles sur une peau qui était récemment lisse.
La différence de sensation est forte.
Notre cerveau peut alors interpréter :
« Les poils sont devenus plus épais. »
alors que la véritable modification concerne principalement l’aspect de leur extrémité et leur longueur au moment où nous les observons.
C’est ce qui rend ce mythe particulièrement résistant.
Que montrent réellement les études ?
Deux travaux historiques sont particulièrement souvent cités.
En 1928, l’anatomiste Mildred Trotter publie une étude consacrée à la croissance des poils après rasage.
Puis, en 1970, Yelva Lynfield et Peter Macwilliams étudient directement l’effet du rasage répété chez cinq jeunes hommes. Une jambe est rasée chaque semaine pendant plusieurs mois tandis que l’autre sert de contrôle.
Les chercheurs mesurent notamment :
- la largeur des poils ;
- leur vitesse de croissance ;
- la quantité totale de poils produite sur une surface déterminée.
Ils ne trouvent aucune différence significative attribuable au rasage.
[ DANS L’ÉTUDE ]
Comment ont-ils réellement testé ce mythe ?
[ DANS L’ÉTUDE ]
Comment ont-ils réellement testé ce mythe ?[ POURQUOI CETTE ÉTUDE EST INTÉRESSANTE ]
Au lieu de demander aux participants si leurs poils leur semblaient plus épais, les chercheurs ont comparé directement une zone rasée à une zone témoin chez les mêmes personnes.
[ LE PROTOCOLE ]
UNE JAMBE RASÉE, L’AUTRE LAISSÉE INTACTE
Cinq jeunes hommes en bonne santé.
Une seule jambe était rasée de façon répétée.
L’autre jambe était laissée non rasée et servait de contrôle.
Le suivi s’est poursuivi pendant plusieurs mois. Chaque participant servait donc en partie de son propre contrôle.
[ CE QU’ILS ONT MESURÉ ]
PAS UNE IMPRESSION : TROIS PARAMÈTRES CONCRETS
Les poils devenaient-ils réellement plus larges après des rasages répétés ?
Les poils poussaient-ils plus rapidement sur la jambe régulièrement rasée ?
Les chercheurs ont comparé le poids total de poils produit sur une surface mesurée.
[ LE RÉSULTAT ]
AUCUNE AUGMENTATION SIGNIFICATIVE ATTRIBUABLE AU RASAGE[ COMMENT BERYT LE LIT ]
CE RÉSULTAT EST INTÉRESSANT, MAIS IL NE FAUT PAS LUI FAIRE DIRE PLUS QUE ÇA
Dans les conditions testées, plusieurs mois de rasage répété n’ont pas rendu les poils mesurés plus larges, plus rapides à pousser ni associés à une production totale supérieure.
Elle ne teste pas toutes les zones du corps, tous les types de poils, toutes les populations ni toutes les pratiques de rasage possibles.
[ NOTRE CHOIX ]
La publication originale présente notamment ses résultats sous forme de tableaux techniques. BERYT ne les reproduit pas ici : nous en présentons la logique et les conclusions de manière simplifiée pour faciliter leur lecture, sans modifier le sens du résultat rapporté.
Ces travaux ont ensuite été repris dans plusieurs synthèses médicales consacrées aux mythes liés aux cheveux et aux poils.
Ces études ne sont-elles pas trop anciennes pour être fiables ?
C’est une vraie limite, et elle mérite d’être dite.
Les études directes sont :
- anciennes ;
- petites ;
- menées sur des populations limitées ;
- concentrées sur certaines zones corporelles.
Nous ne disposons pas d’un gigantesque essai moderne portant sur des milliers de personnes de tous âges, tous sexes et tous types de pilosité pendant plusieurs années.
Il serait donc excessif de présenter ces quelques travaux comme une démonstration expérimentale exhaustive de toutes les situations possibles.
Mais plusieurs éléments expliquent pourquoi le constat est néanmoins largement accepté aujourd’hui.
D’abord, les études contrôlées disponibles n’ont pas montré l’effet supposé.
Ensuite, aucune donnée solide n’est venue établir qu’une coupe superficielle de la tige augmente ensuite son diamètre, sa densité ou sa vitesse de croissance.
Enfin, cela correspond au fonctionnement anatomique du poil : la coupe se produit au-dessus des structures vivantes qui déterminent sa production.
C’est pourquoi les références médicales actuelles continuent de considérer l’épaississement ou l’accélération de la repousse provoqués par le rasage comme un mythe.
Alors, qu’est-ce que le rasage change réellement ?
Beaucoup de choses dans votre expérience de la repousse.
Mais pas nécessairement celles que l’on imagine.
Le rasage modifie :
- la longueur de la tige visible ;
- la forme de son extrémité ;
- sa sensation au toucher lorsqu’elle est très courte ;
- le délai avant que la repousse redevienne perceptible.
Les données disponibles n’ont en revanche pas mis en évidence qu’il augmente :
- le diamètre biologique du poil ;
- sa vitesse de croissance ;
- le nombre de poils produits.
C’est donc une méthode qui change fortement ce que l’on voit et ce que l’on ressent, sans pour autant transformer les caractéristiques fondamentales de la pilosité.
Et c’est précisément pourquoi la distinction entre repousse visible et croissance du poil est si importante lorsqu’on compare les méthodes d’épilation.