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Actifs & formulation

Pourquoi deux produits contenant le même actif peuvent-ils agir différemment ?

Même matière première placée entre deux formulations cosmétiques de textures différentes
EN BREF

Deux produits peuvent contenir exactement le même actif au même pourcentage sans se comporter de la même manière sur la peau.

Pourquoi ? Parce qu’un actif n’existe pas seul dans un flacon.

La formule détermine notamment :

- sous quelle forme il est présent ;

- s’il reste stable ;

- comment il devient disponible après application ;

- où il se distribue dans ou sur la peau ;

- et dans quelles conditions il atteint le compartiment pertinent.

Cela ne signifie pas qu’un produit doit faire pénétrer un actif le plus profondément possible.

Pour certains effets, la cible est la surface. Pour d’autres, la couche cornée, l’épiderme ou le follicule.

Le bon objectif est donc :

le bon actif, disponible au bon endroit, pas forcément le plus profond.

13 min de lecture 11 sources Mis à jour le 30 août 2026
À RETENIR
  1. Même actif + même pourcentage ≠ même formule. Le véhicule, le pH, l’état physique, la microstructure ou la stabilité peuvent encore différer.
  2. Plus de pénétration n’est pas automatiquement mieux. Une formule doit rendre l’actif disponible dans le compartiment pertinent pour l’effet recherché.

  3. Une différence de délivrance n’est pas encore une différence d’efficacité. Pour savoir si elle améliore réellement le bénéfice, il faut ensuite tester un résultat pertinent sur le produit.

Même actif, même pourcentage : vraiment le même produit ?

Prenons volontairement le cas le plus exigeant.

Deux sérums contiennent réellement :

5 % de la même molécule.

Pas 5 % d’un complexe dans l’un et 5 % de l’actif pur dans l’autre.

Pas deux dérivés différents.

Exactement la même molécule, à la même concentration nominale.

Peut-on maintenant considérer que les produits sont équivalents ?

Non automatiquement.

Le pourcentage constitue bien un point commun réel.

Mais il ne vous dit toujours pas :

  • dans quel état physique se trouve l’actif ;
  • dans quelle phase de la formule il se situe ;
  • s’il reste stable ;
  • avec quelle facilité il quitte son véhicule ;
  • ni où il se distribue après application.

Pour comprendre cette différence, il faut arrêter d’imaginer un cosmétique comme :

un actif + du remplissage.

Une formule n’est pas un simple récipient

Autour de l’actif se trouvent généralement d’autres ingrédients qui remplissent des fonctions précises :

  • eau ;
  • solvants ;
  • humectants ;
  • émollients ;
  • émulsifiants ;
  • polymères ;
  • agents de texture ;
  • ajusteurs de pH ;
  • antioxydants ;
  • systèmes de conservation.

Certains structurent le produit.

D’autres permettent à l’actif de rester dissous.

Certains contribuent à sa stabilité.

D’autres encore modifient l’interaction entre la formule et la peau.

Ils ne sont donc pas nécessairement des ingrédients « secondaires » au sens de :

sans importance.

Un ingrédient qui n’apparaît jamais dans le claim marketing peut être essentiel pour que celui qui est mis en avant reste utilisable dans la formule.

Première question : dans quel état l’actif existe-t-il ?

Une formule peut annoncer :

5 % de X

alors que X est :

  • totalement dissous ;
  • partiellement dissous ;
  • dispersé ;
  • présent sous forme de particules ;
  • réparti entre plusieurs phases ;
  • ou encapsulé dans un système de délivrance.

Ces situations ne sont pas physiquement équivalentes.

Dissous ne signifie pas la même chose que dispersé

Lorsqu’une molécule est dissoute, elle est distribuée à l’échelle moléculaire dans son milieu.

Dans une suspension, des particules distinctes persistent.

Pour certains actifs et certains objectifs, cette différence peut modifier la manière dont la substance devient disponible après application.

Mais attention à ne pas créer un nouveau raccourci :

non dissous ≠ inutile.

Certaines formulations sont volontairement conçues avec des substances en suspension.

La bonne question reste :

cet état est-il adapté au comportement recherché ?

Plus soluble dans le flacon ne veut pas forcément dire mieux délivré à la peau

Cela paraît contre-intuitif.

On pourrait penser :

« Si l’actif est extrêmement bien solubilisé, il quittera facilement la formule. »

Pas nécessairement.

Pour passer du produit vers la peau, la molécule doit justement quitter le milieu dans lequel elle se trouve.

Si elle possède une très forte affinité pour son véhicule, cela peut influencer sa tendance à passer dans le compartiment suivant.

C’est ici qu’intervient une notion importante en formulation :

l’activité thermodynamique.

Sans entrer dans la physique complète, elle décrit en partie la force motrice qui pousse une substance à quitter son environnement.

Imaginez deux formules contenant chacune 5 % de X.

Dans la première, le véhicule pourrait dissoudre énormément plus de X.

Dans la seconde, 5 % se situe déjà beaucoup plus près de ce que ce véhicule peut solubiliser.

Le chiffre est identique.

Le contexte physicochimique de X ne l’est pas.

Cela ne signifie pas que la deuxième formule sera meilleure.

Cela montre simplement pourquoi :

concentration nominale ≠ comportement identique.

La formule change encore après son application

Le produit que vous étalez sur votre peau n’est pas forcément un système figé.

Après application :

  • de l’eau peut s’évaporer ;
  • de l’alcool peut s’évaporer ;
  • les concentrations relatives changent ;
  • la texture du film résiduel évolue ;
  • un composé peut devenir plus concentré localement ;
  • voire, dans certaines situations, cristalliser.

Autrement dit, ce qui se trouve dans le flacon et ce qui reste quelques minutes plus tard sur la peau ne sont pas nécessairement exactement le même environnement.

C’est une autre raison pour laquelle deux formules contenant initialement la même quantité d’actif peuvent évoluer différemment.

Pour agir localement, l’actif doit être disponible au bon endroit

On parle souvent de « pénétration » comme s’il s’agissait d’une seule chose.

En réalité, plusieurs notions sont utiles.

Pénétration

La substance entre dans une couche ou une structure de la peau.

Perméation

Elle traverse davantage le tissu, jusqu’à un compartiment situé de l’autre côté dans un modèle expérimental.

Rétention ou dépôt

Une certaine quantité reste dans une couche ou une structure précise.

Ces distinctions sont fondamentales.

Parce qu’un cosmétique n’a pas nécessairement pour objectif de faire traverser toute la peau à son actif.

Pourquoi « plus profond » n’est pas forcément mieux

Imaginons un ingrédient destiné principalement à soutenir la couche cornée.

Le faire passer massivement au-delà de cette couche ne constitue pas nécessairement un avantage.

Même logique pour un actif destiné à une structure folliculaire.

La question pertinente n’est pas :

« quelle formule l’envoie le plus loin ? »

mais :

« quelle quantité devient disponible dans le compartiment qui nous intéresse ? »

Pour certains produits, la bonne destination peut être :

la surface.

Pour d’autres :

la couche cornée.

Ou :

une zone épidermique.

Ou encore :

le follicule.

Une bonne délivrance n’est donc pas une course vers la profondeur.

C’est une distribution adaptée à la cible.

[ LE CONTEXTE DE L’ACTIF ]

Même actif — pas forcément le même contexte de délivrance

Le nom et le pourcentage constituent un point de départ. La formule détermine ensuite l’environnement dans lequel l’actif existe et devient disponible.

Même matière première associée à deux formulations cosmétiques de textures différentes
01 Formule

ÉTAT

Dans quel état existe-t-il ?

Dissous · dispersé · encapsulé · stable

Deux produits peuvent contenir le même actif sans lui offrir le même environnement physicochimique.

Application contrôlée d’une formulation cosmétique sur une interface cutanée expérimentale
02 Disponibilité

À L’INTERFACE

Que devient-il après application ?

Libération · évaporation · partition

Après application, le véhicule peut évoluer. La concentration dans le flacon ne décrit pas tout ce qui se passe ensuite.

Dispositif scientifique utilisé pour étudier la distribution d’une substance dans ou à travers la peau
03 Distribution

SUR / DANS LA PEAU

Où se retrouve-t-il ?

Surface · couche cornée · peau · follicule

Une formulation peut modifier la quantité déposée dans différents compartiments.

Mesure localisée réalisée sur une peau humaine réelle pour étudier un compartiment cutané pertinent
04 Cible

LE BON ENDROIT

Est-il disponible au compartiment pertinent ?

Le plus profond ≠ forcément le plus pertinent

La destination utile dépend du bénéfice recherché. La profondeur maximale n’est pas un objectif en soi.

[ LIRE LE CONTEXTE ]
01 ÉTAT

Comment existe l’actif dans la formule ?

02 DISPONIBILITÉ

Que devient-il après application ?

03 DISTRIBUTION

Où se retrouve-t-il ?

04 CIBLE

Est-il présent au bon endroit ?

05 EFFET

Cela change-t-il réellement le bénéfice ?

[ LE BON RÉFLEXE ]

Même actif ≠ même contexte de délivrance. Le bon résultat n’est pas forcément d’aller plus profond, mais d’être disponible au compartiment pertinent.

Parcours conceptuel : certains actifs agissent à la surface sans nécessiter de pénétration profonde.

Le véhicule peut modifier cette distribution

En formulation, on parle souvent de véhicule pour désigner la base dans laquelle l’actif est incorporé.

Cette base peut influencer :

  • la solubilité ;
  • l’évaporation ;
  • l’étalement ;
  • l’occlusion ;
  • l’hydratation de la couche cornée ;
  • la libération ;
  • la partition entre formule et peau.

Et le véhicule n’est pas biologiquement neutre par définition.

Une base peut elle-même :

  • hydrater ;
  • apporter de l’émollience ;
  • former un film ;
  • limiter la perte en eau.

C’est précisément pourquoi, dans certaines études, on compare une formule contenant l’actif à son véhicule sans l’actif.

Le pH peut changer le contexte d’un même actif

Pour certaines molécules acides ou basiques, le pH influence la proportion présente sous différentes formes ionisées ou non ionisées.

Ces formes peuvent ne pas avoir les mêmes propriétés de :

  • solubilité dans l’eau ;
  • affinité avec certaines phases ;
  • partition dans la peau.

Le pH peut donc modifier le comportement d’un actif sans modifier son pourcentage total.

Mais là encore :

pH plus bas ≠ meilleur produit.

Un changement de pH peut également modifier :

  • la tolérance ;
  • la stabilité ;
  • le comportement de la formule.

Le pH n’est qu’une pièce du système.

Gel, sérum, crème : le nom de la texture ne prédit pas la délivrance

Un « sérum » ne pénètre pas automatiquement mieux qu’une crème.

Une émulsion huile-dans-eau n’est pas systématiquement meilleure qu’une eau-dans-huile.

Un produit plus fluide ne traverse pas automatiquement davantage la peau.

Ces appellations vous donnent une idée de la forme et de l’expérience du produit.

Elles ne constituent pas des unités scientifiques de délivrance.

Deux gels peuvent avoir des microstructures très différentes.

Deux crèmes également.

La texture visible ne raconte qu’une partie de l’organisation interne du produit.

Le procédé de fabrication compte lui aussi

Même une liste d’ingrédients et des pourcentages ne décrivent pas nécessairement toute la formule.

Même apprendre à lire une liste INCI ne permet pas de reconstruire toute la formule : les pourcentages précis, le pH, le procédé et la microstructure peuvent rester invisibles sur l’étiquette.

Des paramètres comme :

  • l’ordre d’incorporation ;
  • la température ;
  • le mélange ;
  • l’homogénéisation ;
  • le refroidissement ;

peuvent influencer la structure physique obtenue.

Une étude publiée en 2024 sur plusieurs crèmes contenant toutes 5 % d’acyclovir a justement montré des différences de microstructure et de disponibilité cutanée entre formulations.

Ce travail porte sur des médicaments topiques, pas sur des cosmétiques.

Mais il illustre très bien le principe physicochimique :

la recette finale ne se résume pas au nom du principe actif et à son pourcentage.

Encapsulation : utile dans certains cas, pas magique

Liposomes.

Microcapsules.

Cyclodextrines.

Systèmes lipidiques.

Le vocabulaire des technologies de délivrance peut rapidement donner l’impression qu’un actif « encapsulé » est nécessairement supérieur.

Ce n’est pas une règle scientifique.

Une technologie d’encapsulation peut être développée pour :

  • protéger une molécule instable ;
  • améliorer sa solubilisation ;
  • modifier sa libération ;
  • limiter certaines interactions ;
  • modifier sa localisation ;
  • parfois améliorer la tolérance.

Mais elle n’est intéressante que si l’avantage recherché est réellement démontré.

La bonne question n’est donc pas :

« est-ce encapsulé ? »

mais :

« qu’est-ce que cette encapsulation améliore dans ce produit, et comment l’a-t-on mesuré ? »

Stabilité : le même dosage au départ ne garantit pas la même situation dans le temps

Deux produits peuvent sortir de fabrication avec la même concentration nominale.

Mais certains actifs sont sensibles à :

  • l’oxygène ;
  • la lumière ;
  • la température ;
  • l’eau ;
  • certains pH ;
  • ou certaines interactions chimiques.

La formulation doit donc aussi maintenir l’actif dans un état approprié pendant la durée de vie du produit.

Il faut distinguer :

« 5 % ont été incorporés »

de :

« la quantité et la forme attendues sont correctement maintenues pendant l’utilisation du produit ».

On ne peut évidemment pas présumer qu’un produit commercial particulier est instable simplement en regardant son INCI.

Cela se vérifie avec des données de stabilité sur la formule concernée.

Le packaging fait partie du système

Le contenant ne transforme pas magiquement un mauvais produit en bonne formule.

Mais lorsque l’actif ou le système est sensible, le packaging peut participer à sa protection.

Selon le cas, il peut modifier l'exposition :

  • à l’air ;
  • à la lumière ;
  • à l’humidité ;
  • aux ouvertures répétées.

Un pot, un tube, un flacon pompe ou un airless ne peuvent donc pas être classés dans un ordre universel du « meilleur » au « pire ».

Le bon conditionnement est celui qui est adapté aux besoins de la formule qu’il protège.

Même actif, même 5 % : une expérience humaine montre que le véhicule peut tout de même changer la distribution

En 1999, Schwarb et ses collègues ont étudié différentes formulations d’acide salicylique chez neuf volontaires.

Deux des préparations comparées contenaient exactement la même concentration nominale :

5 % d’acide salicylique.

Pourtant, leur comportement n’a pas été identique.

[ DANS L’ÉTUDE ]
Même actif, même 5 % : le véhicule a-t-il changé sa distribution ?
Schwarb et al. · 1999 · 9 volontaires · étude crossover
Deux préparations contenaient chacune 5 % d’acide salicylique. Pourtant, leur profil de distribution n’était pas le même.
[ CE QU’ILS TESTENT ]
9 VOLONTAIRES

adultes sains

5 % ACTIF

acide salicylique dans les deux préparations

≈500 mg DOSE NOMINALE

d’acide salicylique appliquée

2 VÉHICULES

contextes de formulation différents

MESURE 01
Fraction de dose absorbée estimée
PROFIL GLOBAL
FORMULATION A · 5 % 9,3 % ± 3,8 %
FORMULATION B · 5 % 25,1 % ± 8,5 %

Différence rapportée : p < 0,001. Les deux formulations contenaient pourtant la même concentration nominale.

MESURE 02
Acide salicylique dans la couche cornée à 30 minutes
DÉPÔT LOCAL
FORMULATION A · 5 % 36,3 ± 16,5 µg/cm²
FORMULATION B · 5 % 18,2 ± 11,9 µg/cm²

À ce moment précis, le classement s’inverse : la formulation associée au plus faible passage global présentait davantage d’actif dans la couche cornée.

PLUS TRAVERSÉ ≠ PLUS DÉPOSÉ AU MÊME ENDROIT

Deux métriques différentes répondent à deux questions différentes.

[ CE QUE ÇA MONTRE ]

Même actif.

Même concentration nominale.

Pourtant, changer le véhicule a été associé à un profil de distribution différent.

[ CE QUE ÇA NE MONTRE PAS ]

L’étude ne démontre pas qu’une formulation est universellement meilleure que l’autre.

Elle ne mesure pas non plus directement un bénéfice cosmétique final.

[ À NE PAS SURINTERPRÉTER ]
  • l’étude ne comporte que neuf participants ;
  • elle date de 1999 ;
  • le contexte est dermatologique et pharmacocinétique, pas cosmétique ;
  • plusieurs caractéristiques des véhicules différaient simultanément ;
  • le protocole ne permet pas d’attribuer l’écart à un seul ingrédient ;
  • davantage de passage ou de rétention n’est pas automatiquement synonyme de davantage d’efficacité.
LECTURE BERYT

Le bon résultat n’est pas forcément « faire passer le plus ».

La vraie question est : où l’actif doit-il se retrouver pour produire l’effet recherché ?

Transparence
Participants 9
Actif Acide salicylique
Dosage comparé 5 % vs 5 %
Année 1999

B. Gabard était affilié à Spirig Ltd., entreprise liée à l’une des formulations étudiées. Cette affiliation doit être prise en compte dans la lecture de l’étude.

Schwarb FP, Gabard B, Rufli T, Surber C Dermatology · 1999
CONSULTER ↗

Ce résultat ne signifie pas que l’une des bases était « meilleure ».

Il montre quelque chose de beaucoup plus précis :

changer le véhicule peut changer où et combien d’un même actif se retrouve après application.

Une formule qui fait traverser davantage est-elle plus efficace ?

Pas nécessairement.

Supposons qu’une formulation dépose deux fois plus d’une molécule dans une couche de peau donnée.

Il faut encore savoir :

  • est-ce la bonne couche ?
  • cette quantité supplémentaire change-t-elle l’effet biologique ?
  • existe-t-il un plateau ?
  • la tolérance reste-t-elle bonne ?
  • le bénéfice final change-t-il réellement ?

Une étude de pénétration ou de diffusion répond donc surtout à :

« où et combien retrouve-t-on de cette substance ? »

Elle ne répond pas automatiquement à :

« le produit fonctionne-t-il mieux chez l’utilisateur ? »

La portée de ce type de modèle doit donc être distinguée d’une véritable démonstration clinique.

La délivrance est une partie de l’histoire.

Pas le verdict final.

Et pour le follicule ?

C’est particulièrement intéressant lorsque l’on parle de poils.

Le follicule peut servir :

  • de voie de distribution ;
  • de réservoir local ;
  • et potentiellement de compartiment cible pour certaines molécules.

Des recherches montrent que le véhicule, les systèmes particulaires et les conditions d’application peuvent modifier la distribution folliculaire.

Mais ici aussi, il faut résister au raccourci :

plus de dépôt dans le follicule ≠ ralentissement de la repousse démontré.

Il faudrait encore montrer que :

  • la molécule reste biologiquement disponible ;
  • elle atteint sa cible pertinente ;
  • à une quantité suffisante ;
  • et qu’un effet réel sur la repousse est ensuite observé.

Le contexte de l’actif : cinq questions pour comprendre la formule

La formulation peut sembler très technique.

On peut pourtant la résumer en cinq questions simples.

01 — ÉTAT

Dans quel état l’actif existe-t-il dans la formule ?

  • Dissous ?
  • Dispersé ?
  • Encapsulé ?
  • Stable ?

02 — DISPONIBILITÉ

Que devient-il après application ?

  • Reste-t-il dans le véhicule ?
  • En sort-il ?
  • Le film évolue-t-il ?

03 — DISTRIBUTION

Où se retrouve-t-il ?

  • Surface ?
  • Couche cornée ?
  • Épiderme ?
  • Follicule ?
  • Au-delà ?

04 — CIBLE

La quantité disponible se trouve-t-elle au bon endroit ?

La profondeur maximale n’est pas l’objectif.

Le compartiment pertinent l’est.

05 — EFFET

Cette distribution change-t-elle réellement le bénéfice recherché ?

C’est ici que les données de formulation rejoignent à nouveau les preuves d’efficacité.

Ce framework est pédagogique.

Il ne décrit pas un trajet obligatoire : un actif destiné à agir en surface peut parfaitement atteindre sa cible sans pénétrer profondément.

Ce qui peut encore différer malgré le même actif

Paramètre Deux produits peuvent-ils différer ? Pourquoi cela peut compter
Actif et pourcentage Non dans notre exemple Point commun réel
État physique Oui Dissolution, dispersion ou localisation différentes
Véhicule Oui Libération et partition peuvent changer
pH Oui Peut modifier certaines formes moléculaires
Microstructure Oui Influence l’organisation physique de la formule
Évaporation Oui Le film résiduel peut évoluer différemment
Stabilité Oui L’actif peut être maintenu différemment dans le temps
Packaging Oui Peut modifier l’environnement de conservation
Distribution cutanée Oui Le compartiment atteint peut différer
Tolérance Oui Toute la formule contribue à l’expérience cutanée
Effet final À démontrer Une différence de délivrance ne suffit pas

Pourquoi tester le produit fini reste essentiel

La science d’un actif est indispensable.

Elle permet de comprendre :

  • ses propriétés ;
  • ses mécanismes potentiels ;
  • ses plages de concentration ;
  • ses contraintes de formulation.

Ces données doivent ensuite être replacées dans l’ensemble du niveau de preuve disponible pour chaque ingrédient.

Les études de délivrance permettent ensuite de comprendre comment une formule modifie son comportement.

Mais au bout de cette chaîne se trouve toujours un nouvel objet :

le produit fini.

C’est lui qui réunit réellement :

actif + véhicule + pH + microstructure + stabilité + mode d’utilisation.

Une formule qui délivre parfaitement un ingrédient n’a pas encore démontré que le bénéfice attendu est important pour l’utilisateur.

À l’inverse, une bonne donnée sur l’actif ne garantit pas que chaque produit qui le contient reproduira le même résultat.

Le bon actif ne suffit pas : il lui faut le bon contexte

Deux produits contenant le même actif ne sont donc pas condamnés à être différents.

Ils ne sont simplement pas équivalents par définition.

Le nom de l’ingrédient apporte une information.

Son pourcentage en apporte une autre.

Mais entre le flacon et la cible interviennent encore :

l’état physique, le véhicule, le pH, la microstructure, la stabilité et la distribution cutanée.

La formulation n’est donc pas un détail autour de l’actif.

C’est le contexte dans lequel cet actif existe et devient disponible.

Et le meilleur contexte n’est pas celui qui l’envoie le plus profondément.

C’est celui qui permet de le maintenir et de le rendre disponible au bon endroit, dans des conditions cohérentes avec le bénéfice recherché.

ALLER PLUS LOIN

LA FORMULATION N’EST QU’UNE PARTIE DE LA PREUVE

Actif, concentration, formulation, modèle expérimental, produit fini : découvrez comment replacer chaque donnée dans l’ensemble des preuves.

COMPRENDRE L’EFFICACITÉ D’UN ACTIF
SOURCES & MÉTHODOLOGIE

Cet article s’appuie sur 11 références.

Les références ci-dessous ont été sélectionnées selon la méthodologie éditoriale BERYT pour replacer les informations dans l’état actuel des connaissances et leurs limites.

Voir notre méthodologie éditoriale
01
Revue scientifique Solute–Vehicle–Skin Interactions and Their Contribution to Pharmacokinetics of Skin Delivery

Tapfumaneyi P, Phan K, Huang Y, Sodsri K, Namjoshi S, Maibach H, Mohammed Y · Pharmaceutics - Rhodes University, University of Queensland, UCSF · 2025

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02
Revue scientifique Science of, and insights into, thermodynamic principles for dermal formulations

Tapfumaneyi P, Imran M, Alavi SE, Mohammed Y · Drug Discovery Today - Institutions universitaires collaboratrices · 2023

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03
Essai humain comparatif randomisé crossover Percutaneous absorption of salicylic acid in man after topical administration of three different formulations

Schwarb FP, Gabard B, Rufli T, Surber C · Dermatology - University Hospital Basel / Spirig Ltd. · 1999

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04
Étude comparative sur peau humaine ex vivo Topical Semisolid Drug Product Critical Quality Attributes with Relevance to Cutaneous Bioavailability and Pharmacokinetics: Part I—Bioequivalence of Acyclovir Topical Creams

Mohammed YH et al. · Pharmaceutical Research - University of Queensland, Goethe University, FDA et collaborateurs · 2024

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05
Revue de référence Topical drug delivery: History, percutaneous absorption, and product development

Roberts MS et al. · Advanced Drug Delivery Reviews - Institutions universitaires collaboratrices · 2021

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06
Revue méthodologique In vitro permeation testing for the evaluation of drug delivery to the skin

Lane ME · European Journal of Pharmaceutical Sciences - University College London · 2024

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07
Revue scientifique Formulation effects of topical emulsions on transdermal and dermal delivery

Otto A, du Plessis J, Wiechers JW · International Journal of Cosmetic Science · 2009

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08
Revue scientifique Human hair follicle: reservoir function and selective targeting

Blume-Peytavi U et al. · British Journal of Dermatology · 2011

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09
Revue scientifique Mapping hair follicle-targeted delivery by particle systems: What has science accomplished so far?

Costa C, Cavaco-Paulo A, Matamá T · International Journal of Pharmaceutics - University of Minho · 2021

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10
Étude analytique Retinoid stability and degradation kinetics in commercial cosmetic products

Rakuša ŽT, Škufca P, Kristl A, Roškar R · Journal of Cosmetic Dermatology - University of Ljubljana · 2021

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11
Rapport technique ISO/TR 18811:2018 Cosmetics — Guidelines on the stability testing of cosmetic products

International Organization for Standardization · ISO · 2018

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ÉQUIPE ÉDITORIALE

Qui a préparé cet article ?

AUTEUR

Mohamed CHRAIBI

Cofondateur · Responsable éditorial

Mohamed Chraibi est cofondateur de BERYT et pilote la recherche documentaire et la construction éditoriale du Guide BERYT. Son travail consiste à identifier les sources pertinentes, comparer les niveaux de preuve et rendre les données disponibles accessibles, sans présenter comme établi ce qui ne l’est pas.

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