« Ralentir la repousse » peut vouloir dire plusieurs choses
Dire que les poils « repoussent moins vite » semble simple.
Scientifiquement, plusieurs phénomènes différents peuvent pourtant produire cette impression.
Après une épilation, on peut observer :
- un poil qui met davantage de temps à redevenir visible ;
- une diminution de sa vitesse de croissance ;
- un poil progressivement plus fin ;
- un poil moins pigmenté et donc moins visible ;
- une diminution du nombre de poils visibles sur une zone.
Ces résultats ne sont pas interchangeables.
Prenons un exemple simple. Lorsqu’un poil est coupé à la surface avec un rasoir, une partie de sa tige reste présente sous la peau. Lorsqu’il est arraché, il faut davantage de temps avant qu’une nouvelle tige soit suffisamment longue pour réapparaître.
Dans les deux cas, le délai observé à la surface peut être très différent sans que cela démontre nécessairement une modification de la vitesse à laquelle le follicule produit le poil.
C’est pourquoi il faut distinguer le retour visible de la pilosité de la croissance biologique du poil.
Le cycle pilaire joue ici un rôle central : chaque follicule alterne naturellement des périodes de croissance, de régression et de repos.
Peut-on réellement modifier la croissance d’un poil ?
Oui.
La croissance pilaire n’est pas un processus immuable. Elle dépend de l’activité des cellules du follicule, de nombreux signaux biologiques, de facteurs hormonaux et du stade auquel se trouve le follicule dans son cycle.
Il est donc biologiquement possible de modifier certains mécanismes impliqués dans la production du poil.
Mais cette possibilité ne suffit pas à démontrer qu’un ingrédient appliqué sur la peau fonctionne réellement dans les conditions d’utilisation prévues.
Un actif peut, par exemple :
- modifier une enzyme ou une voie biologique en laboratoire ;
- produire un effet sur des cellules folliculaires cultivées ;
- modifier la croissance d’un follicule humain maintenu en culture ;
- produire un effet chez l’animal ;
- atteindre suffisamment sa cible lorsqu’il est appliqué sur une peau humaine ;
- produire enfin un effet visible et mesurable chez des utilisateurs.
Ces niveaux de preuve ne sont pas équivalents.
Un mécanisme intéressant constitue une piste. Il ne constitue pas, à lui seul, une démonstration d’efficacité chez l’humain.
L’éflornithine prouve qu’une modulation de la croissance est possible
L’un des exemples humains les mieux documentés est l’éflornithine topique.
Il s’agit d’un médicament utilisé pour réduire la croissance excessive des poils du visage chez certaines femmes.
Son mécanisme repose notamment sur l’inhibition de l’ornithine décarboxylase, une enzyme impliquée dans la production de molécules nécessaires à la prolifération cellulaire.
Des essais cliniques ont montré une diminution de la croissance des poils faciaux chez une partie des femmes traitées. L’effet est réversible : après l’arrêt du traitement, la croissance revient progressivement vers son niveau initial.
Cet exemple apporte une réponse importante à notre question.
Oui, il est possible de modifier la croissance pilaire chez l’humain.
Mais il ne permet pas de conclure que n’importe quel produit cosmétique présenté comme « anti-repousse » produira le même résultat.
L’éflornithine correspond à :
- une molécule précise ;
- une concentration déterminée ;
- une population particulière ;
- une zone définie ;
- un protocole d’utilisation précis ;
- des essais cliniques contrôlés ;
- un cadre médical.
On ne peut donc pas transférer automatiquement ses résultats à un autre actif simplement parce que celui-ci agirait sur un mécanisme lié au follicule.
Existe-t-il aussi des données humaines pour des actifs cosmétiques ?
Oui.
Et cela rend la situation plus nuancée que l’idée selon laquelle aucun actif cosmétique n’aurait jamais été étudié chez l’humain.
Le capryloyl glycine
Une étude clinique a évalué une formulation contenant 4 % de capryloyl glycine chez 69 femmes présentant une hypertrichose des avant-bras.
Après 120 jours d’utilisation, plusieurs paramètres liés à la pilosité, dont la densité et la longueur des poils, avaient diminué davantage sur la zone traitée que sur la zone placebo.
C’est un signal humain intéressant.
Mais il faut conserver le contexte.
Cette étude porte sur :
- une formulation précise ;
- une concentration de 4 % ;
- une zone particulière, les avant-bras ;
- des femmes présentant une hypertrichose ;
- quatre mois d’utilisation.
Elle ne démontre donc pas que toute formule contenant du capryloyl glycine produira le même effet sur toutes les zones et dans toutes les populations.
Une petite étude supplémentaire a également exploré l’association du capryloyl glycine avec des isoflavonoïdes de soja.
Ces données renforcent l’intérêt de la piste, mais le corpus disponible reste encore limité par rapport à celui d’un traitement ayant fait l’objet de nombreux essais cliniques.
Le cas de Cyperus rotundus montre pourquoi le nom d’un ingrédient ne suffit pas
Le « souchet » est régulièrement présenté comme un ingrédient traditionnel permettant de ralentir la repousse.
Le problème est que ce nom courant peut désigner différentes espèces végétales et différentes préparations.
Or les études humaines les plus souvent citées concernent précisément Cyperus rotundus.
Une étude clinique a notamment évalué une préparation topique de C. rotundus sur la pilosité axillaire. Une autre étude pilote randomisée a comparé une huile de C. rotundus à une solution saline et à un laser Alexandrite.
Des diminutions de pilosité ont été rapportées dans ces travaux.
Ces résultats justifient donc de s’intéresser à cette plante.
Ils ne justifient pas pour autant de conclure que toutes les « huiles de souchet » vendues sur le marché disposent d’une efficacité démontrée.
Il faut notamment connaître :
- l’espèce botanique exacte ;
- la partie de la plante utilisée ;
- le procédé d’extraction ;
- la composition de la préparation ;
- la concentration ;
- la fréquence d’application ;
- les éventuelles méthodes d’épilation associées.
Deux extraits issus d’une même plante ne sont pas nécessairement le même actif.
Cette précision est particulièrement importante pour les ingrédients botaniques.
Et lorsque les données restent précliniques ?
D’autres substances présentent des signaux intéressants, mais à des niveaux de preuve différents.
Le 6-gingérol, par exemple, a été étudié sur des cellules de papille dermique et sur des follicules pileux humains maintenus en culture.
Des chercheurs ont observé une inhibition de l’élongation du follicule dans ce modèle. Une partie des travaux complémentaires a également été réalisée chez la souris.
C’est une donnée scientifique intéressante parce qu’elle suggère un effet biologique cohérent avec une modulation de la croissance pilaire.
Mais elle ne permet pas d’affirmer qu’un soin topique contenant du 6-gingérol ralentit effectivement la repousse des poils corporels chez l’humain.
Il manque pour cela des étapes essentielles de démonstration clinique.
C’est précisément la différence entre potentiel biologique et niveau de confiance clinique.
[ DANS LES ÉTUDES ]
[ POURQUOI LES COMPARER ]
Ces deux ensembles de données montrent qu’une croissance pilaire peut être
modulée. Mais l’un observe un médicament chez des femmes pendant plusieurs
mois ; l’autre étudie un composé sur des follicules humains isolés en laboratoire.
Les conclusions que l’on peut en tirer ne sont donc pas les mêmes.
01
[ CHEZ L’HUMAIN ]
Pilosité faciale excessive.
Jusqu’à six mois de traitement.
Application sur les zones concernées du visage.
Randomisé, double aveugle, comparé au véhicule.
[ À 24 SEMAINES ]
Évaluation « amélioration marquée » ou
« claire / presque claire ».
Même niveau d’amélioration selon l’évaluation clinique.
Résultats combinés des deux essais contrôlés utilisés dans
l’évaluation réglementaire européenne.
[ CE QUE ÇA MONTRE ]
Dans ces conditions précises, agir pharmacologiquement sur le
follicule peut réduire la croissance pilaire chez l’humain.
[ CE QUE ÇA NE PROUVE PAS ]
L’éflornithine est un médicament étudié sur une population,
une zone, une formulation et un protocole définis.
Son résultat ne peut pas être transféré automatiquement
à un actif ou à un produit cosmétique différent.
02
[ AU LABORATOIRE ]
Figure 3 · Miao et al. · PLOS ONE · 2013 · CC BY
Des follicules pileux humains isolés du cuir chevelu sont
maintenus en culture pendant 7 jours, avec un véhicule contrôle
ou différentes concentrations de 6-gingérol.
L’allongement de la tige pilaire au cours de la culture.
À 20 µg/ml, l’allongement moyen à 7 jours est inférieur
à celui du groupe contrôle dans cette expérience.
Ce sont des follicules de cuir chevelu maintenus hors du corps.
Cette expérience ne démontre ni qu’une concentration comparable
atteindra un follicule après application cutanée, ni qu’un produit
cosmétique contenant du 6-gingérol ralentira la repousse corporelle
chez des utilisateurs.
[ MESURE À J7 ]
Données issues du Tableau 1 de Miao et al., 2013.
Présentation simplifiée par BERYT.
L’ÉFLORNITHINE MONTRE QU’UNE MODULATION DE LA CROISSANCE EST POSSIBLE
LE 6-GINGÉROL RÉDUIT L’ÉLONGATION DANS UN MODÈLE DE FOLLICULES HUMAINS CULTIVÉS
Une étude positive suffit-elle à considérer un actif comme efficace ?
Non.
Une étude peut être encourageante tout en restant insuffisante pour généraliser son résultat.
Pour juger une donnée sur la repousse, plusieurs questions sont essentielles.
| Question | Pourquoi elle compte |
|---|---|
| L’étude a-t-elle été menée chez l’humain ? | Une cellule, un follicule cultivé ou un animal ne reproduit pas toutes les conditions d’usage |
| Sur quelle zone du corps ? | Visage, aisselles, jambes et avant-bras ont des cycles et caractéristiques différents |
| Chez quelle population ? | Hirsutisme, hypertrichose et pilosité physiologique ne sont pas interchangeables |
| Quel actif exact a été utilisé ? | Espèce, extrait, forme chimique et formulation peuvent modifier le résultat |
| À quelle concentration ? | Une propriété ne s’applique pas automatiquement à n’importe quelle dose |
| Pendant combien de temps ? | Les effets sur la pilosité doivent être observés sur une durée compatible avec son cycle |
| Quel était le comparateur ? | Un placebo ou une zone témoin facilite l’interprétation |
| Qu’a-t-on réellement mesuré ? | Densité, longueur, diamètre, vitesse ou perception ne répondent pas à la même question |
| Le résultat a-t-il été reproduit ? | Un résultat isolé reste plus incertain qu’un corpus convergent |
C’est cette grille de lecture qui évite de transformer une étude isolée en promesse générale.
La cire ralentit-elle la repousse ?
La cire illustre parfaitement la différence entre délai avant réapparition et ralentissement biologique.
Lorsqu’un poil est rasé, sa tige est coupée près de la surface.
Lorsqu’il est correctement arraché à la cire ou avec un épilateur, le poil est retiré beaucoup plus profondément.
Il est donc logique qu’il faille davantage de temps avant qu’un poil soit de nouveau perceptible après un arrachage.
Cela ne signifie pas automatiquement que le follicule produit sa nouvelle tige plus lentement.
Certaines personnes observent également des poils plus fins ou moins nombreux après des épilations répétées pendant de longues périodes.
Ce phénomène est plausible, mais il est beaucoup moins bien quantifié qu’on pourrait le penser.
Les données disponibles ne permettent pas de déterminer précisément :
- à quelle fréquence cela se produit ;
- quelles zones sont les plus concernées ;
- quels follicules sont susceptibles d’être modifiés ;
- dans quelle mesure l’effet est durable.
Il serait donc excessif d’affirmer que la cire « fatigue » ou affaiblit systématiquement les follicules.
Hydrater ou exfolier ralentit-il les poils ?
Pas nécessairement.
Une routine post-épilation peut être très utile sans modifier directement la vitesse de croissance du poil.
L’exfoliation peut, dans certaines situations, faciliter la sortie de poils qui ont tendance à rester sous la couche superficielle de la peau.
L’hydratation contribue au confort cutané et au maintien d’une barrière cutanée en bon état.
Ces effets peuvent améliorer la manière dont la peau et la repousse sont vécues entre deux épilations.
Ils ne constituent pas, à eux seuls, une preuve que le follicule produit le poil plus lentement.
C’est pourquoi BERYT distingue le territoire de la repousse de ceux des poils incarnés et de l’apaisement post-épilation.
Citron, sauge, curcuma : que sait-on réellement ?
Le citron, la sauge, le curcuma, la papaye et d’autres ingrédients sont régulièrement cités comme solutions naturelles pour ralentir les poils après une épilation.
Leur popularité ne constitue cependant pas une preuve d’efficacité.
À ce jour, les données cliniques humaines disponibles ne permettent pas d’établir qu’une application post-épilation de ces substances ralentit réellement la croissance pilaire.
Cela ne signifie pas qu’aucun effet soit possible.
Cela signifie simplement que les preuves disponibles ne permettent pas aujourd’hui de le confirmer.
Il faut également distinguer efficacité potentielle et tolérance.
Une substance présentée comme « naturelle » n’est pas automatiquement adaptée à une peau fraîchement épilée, qui peut être temporairement plus réactive.
Une pratique traditionnelle peut donc être intéressante à étudier sans pour autant être présentée comme une solution démontrée ou universellement sûre.
Que peut réellement revendiquer un cosmétique ?
En Europe, une allégation cosmétique doit être soutenue par des éléments probants adaptés et vérifiables.
Le niveau de justification doit être cohérent avec la promesse formulée.
Les études utilisées doivent notamment être pertinentes pour le produit et le bénéfice revendiqué.
Autre point essentiel : une propriété démontrée pour un ingrédient ne peut pas être automatiquement attribuée au produit fini.
La formulation complète compte.
La concentration compte.
Les conditions d’utilisation comptent.
Le résultat réellement mesuré compte.
Cela signifie qu’une étude montrant un effet sur un actif isolé ne suffit pas forcément à justifier exactement la même promesse pour un soin qui le contient.
Plus une allégation est précise et importante, plus sa démonstration doit être directement pertinente.
Pourquoi l’Indice BERYT évalue les actifs bénéfice par bénéfice
Demander simplement :
« Cet actif fonctionne-t-il ? »
est rarement suffisamment précis.
Un même ingrédient peut disposer :
- d’un mécanisme biologique très documenté ;
- de résultats intéressants en laboratoire ;
- de quelques données humaines ;
- d’une bonne tolérance ;
- mais d’un niveau de confiance encore limité pour le ralentissement de la repousse.
Un autre actif peut avoir été étudié chez l’humain, mais seulement sur le visage, dans une situation de pilosité excessive ou en association avec une autre méthode.
L’Indice BERYT évalue donc les données pour un bénéfice précis, plutôt que d’attribuer une note générale censée résumer tout un ingrédient.
Nous regardons notamment :
- l’efficacité réellement observée ;
- le niveau et la qualité des preuves ;
- le mécanisme documenté ;
- la tolérance cutanée ;
- la sécurité d’utilisation ;
- la pertinence cosmétique.
Le résultat n’est pas un pourcentage d’efficacité.
Il représente le niveau de confiance que l’on peut raisonnablement accorder à l’évaluation d’un actif pour un bénéfice donné.
Alors, peut-on vraiment ralentir la repousse des poils ?
Oui, la croissance pilaire peut être modulée.
Des données humaines le démontrent clairement dans certains contextes médicaux. Quelques actifs et formulations cosmétiques présentent également des résultats humains intéressants.
Mais toutes les preuves n’ont pas la même force.
Une étude clinique contrôlée, une petite étude exploratoire, un follicule cultivé en laboratoire, une expérience animale et une tradition d’usage ne doivent pas être placés sur le même plan.
De la même manière, une repousse qui devient visible plus tard ne prouve pas automatiquement que le follicule a ralenti sa production.
Les connaissances disponibles se situent donc sur un continuum :
données humaines robustes → données humaines limitées → données précliniques → mécanisme plausible → usage traditionnel sans démonstration clinique suffisante.
La bonne question n’est pas seulement :
« Est-ce que ça marche ? »
Elle est plutôt :
« Que sait-on réellement, pour quel effet précis, dans quelles conditions et avec quel niveau de confiance ? »
C’est cette distinction qui guide l’approche BERYT.