« Mes poils repoussent en deux jours » : est-ce vraiment possible ?
C’est une sensation fréquente.
Vous vous épilez, la peau paraît nette, puis quelques jours plus tard certains poils sont déjà visibles.
La conclusion semble immédiate : « mes poils poussent vraiment très vite ».
La réalité est un peu plus complexe.
Ce que vous observez à la surface dépend bien de la vitesse de croissance du poil, mais pas uniquement. Plusieurs facteurs déterminent le moment où la repousse devient perceptible :
- la méthode utilisée pour retirer le poil ;
- le stade du cycle de chaque follicule ;
- la zone du corps ;
- le diamètre du poil ;
- sa couleur ;
- la densité de la pilosité.
Autrement dit, voir rapidement un poil réapparaître ne permet pas, à lui seul, de mesurer la vitesse à laquelle son follicule le produit.
À quelle vitesse pousse réellement un poil ?
Il n’existe pas une vitesse unique valable pour tous les poils du corps.
Des mesures réalisées sur plusieurs zones corporelles montrent que la croissance se situe généralement dans un ordre de grandeur de quelques dixièmes de millimètre par jour, avec des différences selon les zones et les personnes.
Dans une étude portant notamment sur les aisselles, les jambes, la joue, le menton et la lèvre supérieure, les vitesses observées variaient approximativement de 0,18 à 0,49 mm par jour selon les sites et les individus étudiés.
Cela permet surtout de retenir une chose : un poil ne gagne généralement pas plusieurs millimètres en une nuit.
Si vous le remarquez très rapidement après une séance, son retour visible s’explique souvent par autre chose que par une croissance exceptionnellement rapide.
[ DANS L’ÉTUDE ]
Comment mesure-t-on vraiment la vitesse de pousse d’un poil ?
[ DANS L’ÉTUDE ]
Comment mesure-t-on vraiment la vitesse de pousse d’un poil ?[ POURQUOI CETTE ÉTUDE EST INTÉRESSANTE ]
Voir un poil réapparaître après une épilation ne mesure pas directement sa vitesse de croissance. Pour l’estimer, les chercheurs ont suivi l’allongement de poils sur de petites zones cutanées dans des conditions standardisées.
[ LA MÉTHODE ]
RASER, ATTENDRE, PHOTOGRAPHIER, MESURER
De petites surfaces cutanées de quelques centimètres carrés sont rasées afin d’obtenir un point de départ connu.
Les chercheurs laissent ensuite les poils s’allonger pendant un délai défini avant d’effectuer de nouvelles observations.
Les zones sont photographiées puis analysées avec un logiciel dédié.
L’analyse estime notamment la densité, la proportion de poils en croissance et leur vitesse d’allongement.
[ CE QU’ILS ONT ÉTUDIÉ ]
CINQ ZONES CORPORELLES, PAS « LE POIL HUMAIN » EN GÉNÉRAL
Des femmes et des hommes appartenant à quatre groupes de population étudiés ont été inclus. Des cheveux de la nuque étaient également utilisés comme référence dans le protocole.
[ CE QU’ILS OBSERVENT ]
LES VITESSES MESURÉES NE SE RÉDUISENT PAS À UN CHIFFRE UNIQUE
Dans les conditions de cette étude, les vitesses de croissance des poils corporels s’étendaient de 180 à 485 µm par jour, soit environ 0,18 à 0,485 mm par jour.
Ce sont des valeurs observées dans les zones et populations étudiées, pas une norme permettant de prédire la vitesse de chaque poil chez chaque personne.
[ CE QUE ÇA AIDE À COMPRENDRE ]
La croissance biologique d’un poil se mesure sur une période définie, en suivant son allongement. Le simple fait de le voir réapparaître après deux ou trois jours ne fournit pas cette mesure.
[ LE POINT CLÉ POUR LA REPOUSSE ]
Le moment où un poil devient visible dépend aussi de son point de départ, de la méthode d’épilation, de son cycle, de son diamètre, de sa couleur et du contraste avec la peau.
La méthode d’épilation change le point de départ
C’est l’une des principales raisons pour lesquelles deux méthodes peuvent donner une impression de repousse très différente.
Après le rasage
Le rasoir coupe la tige du poil près de la surface de la peau.
Le follicule reste en place et une partie de la tige se trouve toujours sous la surface. Si le follicule est en phase de croissance, le poil poursuit donc son évolution et peut redevenir perceptible rapidement.
Cela explique pourquoi une petite repousse ou une sensation de picotement peut revenir peu de temps après le rasage.
Mais le rasage n’a pas accéléré le follicule.
Les études disponibles n’ont pas mis en évidence d’augmentation de la vitesse de croissance provoquée par le rasage.
Après la cire ou l’épilateur
Lorsqu’un poil est correctement arraché, son point de départ est différent.
Il faut davantage de temps avant qu’une nouvelle tige produite par ce follicule soit suffisamment longue pour redevenir visible à la surface.
Cela ne signifie cependant pas que toute la zone restera parfaitement lisse jusqu’au retour de ce même poil.
Pourquoi ? Parce que tous les follicules ne suivent pas le même calendrier.
Tous vos poils ne sont pas synchronisés
Chaque follicule pileux évolue selon son propre cycle.
Il alterne notamment une phase de croissance active, une phase de régression et une phase de repos.
Sur une même zone, certains follicules peuvent donc être en pleine croissance pendant que d’autres sont au repos ou commencent un nouveau cycle.
Au moment d’une épilation, tous les poils ne se trouvent pas exactement dans la même situation.
Certains sont suffisamment longs et visibles pour être retirés.
D’autres sont encore très courts ou ne sont pas encore perceptibles à la surface.
Ils peuvent devenir visibles quelques jours ou quelques semaines plus tard.
Cette nouvelle apparition ne signifie donc pas forcément qu’un poil fraîchement arraché a déjà entièrement repoussé.
Une partie de ce que nous appelons « la repousse » correspond simplement à des follicules différents qui deviennent visibles à leur tour.
C’est aussi pourquoi une zone ne repousse généralement pas de façon parfaitement uniforme.
Un poil cassé peut revenir plus vite à la surface
Une épilation par arrachage ne retire pas forcément chaque poil de la même manière.
Certains peuvent se casser au lieu d’être retirés comme prévu.
Une partie de leur tige reste alors présente dans ou sous la surface de la peau.
Ils peuvent donc redevenir visibles plus rapidement que les poils correctement arrachés.
Là encore, ce retour rapide ne signifie pas que leur vitesse biologique de croissance a augmenté.
Leur point de départ était simplement différent.
Pourquoi certaines zones semblent-elles repousser plus vite que d’autres ?
Toutes les zones pileuses du corps ne fonctionnent pas exactement de la même manière.
La vitesse de croissance, la densité de poils et la proportion de follicules en phase de croissance varient selon les sites corporels.
C’est pourquoi une même personne peut avoir l’impression que les poils du visage, des aisselles ou du maillot deviennent visibles beaucoup plus rapidement que ceux d’une autre zone.
Le rythme ressenti peut également changer avec le type de poil présent sur chaque partie du corps.
Il n’existe donc pas de délai universel après lequel chaque zone devrait être parfaitement lisse ou présenter une repousse.
La biologie individuelle compte autant que la méthode choisie.
Des poils plus foncés ou plus épais peuvent sembler repousser plus vite
Imaginez deux poils ayant exactement la même longueur.
Le premier est très fin et clair.
Le second est épais et foncé.
Le deuxième sera généralement visible plus facilement, parfois bien avant que le premier attire votre attention.
La même chose se produit à l’échelle d’une zone entière.
Lorsque les poils sont plus :
- pigmentés ;
- épais ;
- nombreux ;
la repousse peut devenir perceptible plus rapidement.
Cela ne signifie pas nécessairement que chaque follicule produit sa tige à une vitesse supérieure.
La rapidité avec laquelle vous voyez la repousse dépend aussi de son contraste avec votre peau.
C’est une raison supplémentaire de distinguer vitesse de croissance et visibilité.
Les poils peuvent-ils pousser plus vite selon les saisons ?
Des variations saisonnières de la croissance pilaire ont été observées.
Une étude menée pendant 18 mois chez 14 hommes a notamment mesuré des changements au cours de l’année dans la croissance de la barbe et des poils de la cuisse.
La croissance de la barbe était plus faible en hiver et augmentait jusqu’à l’été. Une variation a également été observée sur la cuisse, de manière moins marquée.
Ces résultats suggèrent que la saison peut influencer la croissance de certains poils.
Ils doivent toutefois rester proportionnés à ce que l’étude permet de conclure : l’effectif était réduit, uniquement masculin et les zones étudiées étaient limitées.
Il ne faut donc pas imaginer une accélération spectaculaire et universelle de toute la pilosité dès que les températures augmentent.
Notre perception peut également jouer un rôle. Lorsque davantage de peau est découverte, nous remarquons souvent plus rapidement les premiers poils qui apparaissent.
Quel rôle jouent les hormones ?
Les hormones, notamment les androgènes, participent au développement et aux caractéristiques de certains poils.
Selon les zones et les individus, elles peuvent notamment influencer :
- le diamètre ;
- la pigmentation ;
- la transformation de poils fins en poils terminaux plus visibles ;
- la distribution de la pilosité.
La génétique joue elle aussi un rôle important.
Cela explique pourquoi deux personnes peuvent avoir des expériences très différentes avec exactement la même méthode d’épilation.
Mais avoir naturellement des poils qui deviennent rapidement visibles ne signifie pas automatiquement qu’il existe un problème hormonal.
Une impression de repousse rapide ne permet pas, à elle seule, de poser une conclusion médicale.
Quand une modification de la pilosité mérite-t-elle un avis médical ?
Une pilosité stable depuis longtemps et une modification brutale ne racontent pas la même chose.
Chez une femme, l’apparition récente ou rapidement progressive de poils épais et pigmentés dans certaines zones sensibles aux androgènes mérite davantage d’attention, surtout si elle s’accompagne d’autres changements inhabituels.
Cela peut notamment concerner une évolution marquée de la pilosité associée à des troubles menstruels ou à d’autres signes de virilisation.
Dans cette situation, un professionnel de santé pourra rechercher le contexte et déterminer si une évaluation complémentaire est nécessaire.
Une simple repousse jugée rapide après une épilation, isolée et stable dans le temps, ne permet pas de conclure à une cause hormonale.
Comment savoir si mes poils poussent réellement vite ?
C’est beaucoup plus difficile qu’il n’y paraît.
Constater que des poils sont visibles deux ou trois jours après une séance ne constitue pas une mesure de leur vitesse de croissance.
Pour mesurer précisément cette vitesse, il faudrait suivre les mêmes poils dans des conditions standardisées et mesurer leur allongement au fil du temps.
Dans la vie quotidienne, ce que nous appelons « repousse rapide » mélange généralement plusieurs phénomènes :
vitesse de croissance + méthode d’épilation + cycle pilaire + densité + diamètre + couleur + seuil personnel de visibilité.
C’est pourquoi deux personnes peuvent ressentir une repousse très différente sans que leurs follicules aient nécessairement des vitesses de croissance radicalement différentes.
Une repousse rapidement visible est-elle plus difficile à ralentir ?
Pas nécessairement.
Le moment où vous commencez à voir vos poils ne révèle pas, à lui seul, le mécanisme qui explique cette apparition.
Une repousse rapidement perceptible peut notamment être liée :
- au rasage ;
- à certains poils cassés pendant une épilation ;
- à l’asynchronie naturelle des follicules ;
- aux caractéristiques visuelles de la pilosité ;
- à la zone concernée ;
- à plusieurs de ces facteurs à la fois.
Avant de chercher à « ralentir la repousse », il faut donc définir précisément ce que l’on souhaite modifier.
S’agit-il de retarder le moment où les poils deviennent visibles ? De réduire leur vitesse de croissance ? De diminuer leur diamètre ou leur densité apparente ?
Ces phénomènes ne sont pas interchangeables.
Ce qu’il faut retenir
Lorsque vos poils vous semblent repousser très vite, vous n’observez pas directement la vitesse de travail du follicule.
Vous observez le moment où le poil redevient perceptible.
Et ce moment dépend de nombreux facteurs.
La méthode utilisée, le cycle de chaque follicule, la zone du corps, le diamètre, la couleur et la densité des poils peuvent tous modifier votre perception de la repousse.
Une repousse rapidement visible peut donc être parfaitement compatible avec un fonctionnement pilaire normal.
Comprendre cette différence permet surtout d’éviter de confondre ce que l’on voit avec ce qui se passe réellement sous la peau.